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Airsoft: un phénomène de mode qui inquiète

Des M4 américains aux kalachnikovs russes, les répliques airsoft ressemblent à s'y méprendre à de véritables armes. Ces joujoux qui projettent des petites billes en plastique n'ont plus rien à envier à leurs aînés. "Les répliques sont les vitrines des fabricants d'armes. Ils font tout pour qu'elles ressemblent le plus possible à des vraies", explique Christophe Michelot, gérant de la boutique Prestige Airsoft, face à la gare d'Angoulême. Des dizaines de Charentais s'affrontent tous les week-ends à travers des guérillas amicales sur des terrains privés. Le nombre de pratiquants explose d'année en année. Les ventes de répliques également.

"Depuis quatre ou cinq ans, les ventes progressent de 15% par an", confie Christophe Michelot. Le perfectionnement des répliques airsoft est tel qu'il commence à perturber les enquêtes de police et de gendarmerie. Le 6 octobre dernier, à Ruelle, les convoyeurs de la Brink's sont tombés dans le panneau. Alors qu'ils s'apprêtaient à approvisionner une banque du centre-ville, ils ont remarqué la présence d'un impressionnant arsenal militaire à l'arrière d'un fourgon stationné devant la banque. Le centre-ville avait été en partie bouclé pendant plusieurs dizaines de minutes. Le temps de s'apercevoir que les armes étaient factices.

Utilisées dans plus d'un braquage sur deux

Ce genre de mésaventure risque de se multiplier avec la diffusion massive des répliques. La Charente recense une dizaine d'associations officielles et de nombreux "teams sauvages". Le fichier clients du magasin Prestige Airsoft compte 2 000 noms. Et de nombreux achats se font sur internet. "C'est un phénomène de mode qui s'amplifie d'année en année", confirme Raynald Caraguel, gérant de la boutique Mondial Airsoft, rue de Périgueux, à Angoulême. Conséquence: même le GIPN, le Groupe d'intervention de la police nationale, s'est fait berner. Le 6 juin dernier, le service d'élite a cueilli un Couronnais au saut du lit. Dans le viseur de la police pour ses convictions religieuses de plus en plus affirmées, Reda abritait des armes de guerre dans son garage. Sauf qu'il s'agissait là encore d'armes factices pour lesquelles aucune autorisation n'est nécessaire.

"On trouve parfois des répliques dans les voitures mais ça reste très épisodique", tempère Dominique Rouffanche, capitaine de l'état-major du commissariat de police d'Angoulême. Les armes factices seraient pourtant utilisées dans plus d'un braquage sur deux en France. "Elles sont facilement disponibles et coûtent moins cher que les vraies. Les braqueurs peuvent aussi espérer des peines moins lourdes s'ils se font prendre", explique Vincent, 22 ans, passionné par les armes à feu.

"Des mecs bizarres sont déjà passés"

Reste que la Charente semble pour le moment préservée. "Nous avons déjà vu des gamins s'amuser avec des répliques d'airsoft dans la rue mais ça s'arrête là", constate Christian Delécluse, capitaine de la compagnie de gendarmerie d'Angoulême. Lors des braquages à main armée, les enquêteurs peuvent difficilement déterminer si les voleurs utilisent des armes factices quand ils ne sont pas pris en flagrant délit. "Les victimes sont souvent incapables de faire la différence", précise Christian Delécluse. Le 1er février dernier, un buraliste de Nersac avait mis en fuite un braqueur muni d'une arme de poing laissant penser qu'il s'agissait d'une réplique. Sans certitude.

Les vendeurs de répliques airsoft assurent que les délinquants charentais n'ont pas l'habitude de se fournir chez eux. "Des mecs bizarres sont déjà passés dans ma boutique mais ils n'ont rien acheté. Ils trouvent que c'est trop cher. Je les entendais dire qu'ils pouvaient trouver des vraies pour le même prix", confie Christophe Michelot, de Prestige Airsoft, conscient que les répliques peuvent "faire peur" au grand public. "Au départ, on était pris pour des terroristes. Ensuite pour des adultes qui jouent à des jeux d'enfant. Aujourd'hui, on commence à être pris au sérieux", nuance Raynald Caraguel, de Mondial Airsoft.

Pour éviter de subir une réglementation plus dure, les associations s'appliquent à respecter la législation: exclusion des mineurs, transport des répliques dans une mallette, désengagement du chargeur et débranchement de la batterie. "Les mecs qui n'ont pas un état d'esprit irréprochable ne sont pas acceptés", rassure Cyril Moreau, secrétaire de l'association FPJ Airsoft. "Nous sommes prêts à accepter un durcissement de la législation si ça peut nous permettre de continuer à jouer tranquillement", affirme même Romain Cholet, président de l'association Death Face Airsoft.

Toutes les associations espèrent ne pas tomber sur des Mathieu Buelens, le tueur de Barbezieux, mis en examen en juin 2012 pour l'assassinat de Claude Tavernier, et grand amateur d'airsoft.

Source: Charentelibre.fr

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